Simplifier APB, prendre en compte le profil du bachelier pour l’entrée en licence, réorganiser le premier cycle universitaire, repenser le parcours Avenir… Dix-sept propositions ont été remises à la ministre de l’Enseignement supérieur, jeudi 19 octobre 2017, dans un rapport clôturant la concertation lancée cet été. L’objectif : améliorer la transition entre lycée et études supérieures et mettre fin au tirage au sort.

Si vous êtes futur bachelier, vous êtes certainement impatient de savoir comment va s’effectuer votre orientation postbac. Plusieurs évolutions devraient être mises en place dès 2018, d’autres seront repoussées aux rentrées suivantes, pour des raisons législatives et budgétaires, entre autres.

Après deux mois de discussions, les 11 groupes de travail qui planchaient sur la réforme du premier cycle et de l’affectation des bacheliers dans les études supérieures ont rendu leurs propositions. Jeudi 19 octobre 2017, Daniel Filâtre, le recteur de l’académie de Versailles, a rendu un rapport synthétique à Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Celle-ci annoncera début novembre 2017 quelles actions seront retenues et mises en œuvre en priorité.

Un consensus : mettre fin au tirage au sort

Les discussions les plus âpres ont concerné l’affectation des bacheliers en licence. S’il y a un consensus sur la fin du tirage au sort pour départager les candidats dans les filières en tension, décrit comme “inacceptable”, les représentants des organisations (syndicats lycéens, étudiants, enseignants, formations supérieures, etc.) ne sont pas tous d’accord sur le système à lui substituer. La majorité estime qu’il faut prendre en compte le profil de l’élève pour construire son parcours de réussite dans l’enseignement supérieur.

Quatre grandes options se dégagent : un accès libre, sans avis ni recommandation ; un accès libre avec avis et recommandations ; un accès sous conditions ; un accès sélectif.

Quatre options pour l’entrée en licence

Une option « accès libre »

L’option A correspond à la situation existante : le candidat choisissait librement sa licence via APB, et pouvait éventuellement bénéficier de l’avis de l’université via la procédure d’orientation active. Ce système a montré ses limites. Compte tenu de l’afflux des bacheliers (l’université représentait 39 % des vœux 1 sur APB en 2017), certaines licences sont engorgées, les capacités d’accueil étant insuffisantes. Qui plus est, le taux de réussite en licence en 3 ans n’est que de 27 % (près de 40 % en 4 ans).

“Cette option est défendue comme seule option possible par certaines organisations”, signale le rapport,mais elle est “mise en cause ou, à tout le moins, discutée par les représentants d’un grand nombre d’autres organisations”. D’où les options suivantes.

Deux options « accès libre » avec avis ou sous conditions

 Lorsque les lycées ou les établissements d’enseignement supérieur estimeraient que les chances d’un candidat dans une filière souhaitée seraient “fortement compromises”, une “prescription pédagogique” devrait lui être soumise.

Cela pourrait être une simple information sur son parcours de réussite (option B), autrement dit une “alerte” sur les difficultés qu’il pourrait rencontrer ou les lacunes à combler pour réussir dans ce parcours. L’élève pourrait passer outre un avis négatif.Cela pourrait être aussi de proposer à l’élève un parcours adapté (option C) pour qu’il suive la mention demandée en ayant toutes les connaissances et méthodologies nécessaires pour favoriser sa réussite. C’est notamment la piste proposée pour la licence de psychologie, pour laquelle sont préconisés des temps de préparation ou de mise à niveau d’une durée pouvant aller d’un semestre à une année.

Les formations penchent pour ce système, car “ils savent la corrélation étroite entre certains profils d’étudiants et leur taux d’abandon ou de réorientation”, précise le rapporteur Daniel Filâtre. D’autres organisations s’inquiètent de voir “émerger un système d’admission fermé ou sélectif”.

Une option « accès sélectif »

Un système sélectif existe déjà pour certaines licences, notamment des doubles cursusElle pourrait s’étendre aux licences non sélectives sous tension. Auparavant, deux autres actions devront être menées : une meilleure information au lycée sur ces filières et une diversification des parcours pour y accéder, avec une offre de formation élargie.

Pour les STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives), il pourrait y avoir “un accès prioritaire à certains publics”, compte tenu de leur projet et de leurs compétences. Cela supposerait la mise en place “d’indicateurs prédictifs de réussite” (information sur les taux de réussite selon le type de bac, notamment) et d’un accompagnement pour les étudiants n’ayant pas les compétences attendues.Pour la PACES (première année commune aux études de santé), les universités devraient proposer plusieurs modes d’entrée dans la filière (hors passerelles) et déterminer des modalités d’admission pour les différents types de candidats. Dès lors, “des prérequis seraient définis dont la connaissance serait vérifiée par la validation d’un MOOC “préparation à l’entrée dans les études de santé””. Cela garantirait la possibilité d’accès à ce parcours à des profils variés de bacheliers.

Un « Avenir » amélioré

En outre, pour tous, le travail d’orientation en amont, au lycée, sera probablement revu. Le parcours Avenir, proposé de la sixième à la terminale, est « un cadre pertinent » mais « insuffisant ». “L’outil Folio pourrait évoluer vers un carnet personnel des apprentissages et de l’orientation”, afin de vous apprendre à explorer les métiers et les cursus de formation et à faire des choix éclairés d’orientation. Pour cela, il faudra que vous soyez mieux accompagnés, par des enseignants formés.

L’avis du conseil de classe sur votre orientation

Par ailleurs, les formations d’enseignement supérieur pourraient bénéficier de l’avis du conseil de classe de terminale sur votre choix d’orientation. C’est déjà le cas pour certaines filières sélectives (classe préparatoire, BTS…), mais cela pourrait être généralisé à l’ensemble des formations d’enseignement supérieur. Cet avis ne serait pas sanctionnant.

Notez qu’il est aussi recommandé que l’orientation postbac prenne en compte les autres voies telles qu’une première insertion professionnelle, une année de césure ou de service civique. Les formations d’enseignement supérieur sont priées d’offrir “plus de souplesse et des passerelles bien identifiées à ces différents parcours”.

Une plate-forme plus simple pour remplacer APB

Le rapport souligne l’intérêt de maintenir une plate-forme nationale pour gérer les demandes d’affectation dans l’enseignement supérieur. Cependant, le portail qui remplacera APB devra avoir des règles d’utilisation et d’affectation simples et transparentes.

Il faudrait que toutes les formations publiques ou reconnues par l’État soient accessibles via le portail (APB intégrait « seulement » 85 % de l’offre d’enseignement supérieur postbac). Pour les licences, le système de “vœux groupés” par type de licence (plutôt qu’un choix dans une université précise) pourrait être étendu à d’autres filières que celles concernées jusqu’ici (STAPS, PACES, droit, psychologie).

Le calendrier devrait enfin être revu : les inscriptions sur la plate-forme n’ouvriront peut-être plus le 20 janvier, mais plus tard. De plus, les phases d’admission pourraient être repoussées après les épreuves du bac, afin de diminuer le stress des candidats.

Toutes ces propositions, complétées par des suggestions d’amélioration sur les conditions de vie des étudiants, sont actuellement étudiées par le ministère de l’Enseignement supérieur. La ministre devrait rendre sa copie pendant les vacances de la Toussaint.

Source : L’étudiant.fr