CONTEXTE

L’INÉGALITÉ DES ÉLÈVES FACE A L’ORIENTATION

Dans un système très hiérarchisé, les jeunes sont inégaux face à la question de l’orientation dans la mesure où les familles sont très inégalement dotées en information, et les contraintes de mobilité géographique limitent les choix liés à l’offre de formation.

Or la France est un pays où ce poids institutionnel et symbolique du diplôme est particulièrement fort, alors que l’échec scolaire demeure à un niveau élevé. L’école reste donc un grand instrument de tri social sans être parvenue à assurer au moins la réussite de tous à un niveau donné.

L’inégalité d’accès aux différentes filières de l’enseignement ne s’est pas réduite, elle se serait même renforcée. Il faut ajouter que l’inégalité de réussite à un niveau donné se maintient à un niveau très élevé et contribue ainsi à générer, chaque année, des flux de sortants du système éducatif dépourvus de toute certification.

L’ACCES AUX FORMATIONS

Compte tenu de leurs origines sociales et de leur niveau scolaire, les jeunes n’ont pas toujours le choix aux différents paliers d’orientation dans le secondaire d’abord, dans le supérieur ensuite. Une orientation contrariée en fin de troisième de collège agit négativement sur le succès scolaire dans le secondaire et le supérieur, et par la suite sur l’insertion professionnelle. De plus, leur milieu familial et niveau scolaire ne leur permettent pas toujours d’avoir des orientations conformes à leurs projets.

La poursuite des études jusqu’au baccalauréat et dans l’enseignement supérieur illustre une certaine réussite des parcours scolaires des enfants issus de l’immigration. Si l’élévation du niveau d’éducation de ces jeunes est mise en évidence, ils rencontrent toutefois des difficultés scolaires, du fait de leur appartenance en majorité à des familles populaires, d’une moindre connaissance des rouages du système éducatif français mais aussi d’une structuration urbaine et scolaire. En effet, les établissements qui concentrent les enfants issus de milieux populaires et immigrés sont ceux qui offrent des conditions de scolarisation les plus défavorables, avec une moindre progression des élèves.

L’INSERTION PROFESSIONNELLE

Du côté du marché du travail, les études soulignent des disparités, voire des difficultés d’insertion professionnelle des jeunes français issus de l’immigration. Ces écarts, accentués par la crise économique, s’expliquent pour partie par les niveaux d’éducation atteints fortement corrélés eux-mêmes aux origines sociales, mais d’autres facteurs entrent en jeu. Selon les lieux de résidence, les chances d’accès à un emploi ne sont pas les mêmes. Les inégalités sociales et économiques s’inscrivent dans l’espace territorial : les zones urbaines sensibles (ZUS) reconnues comme les plus défavorisées en termes socio-économiques déterminent pour une large part les conditions d’insertion plus difficiles pour les jeunes issus de ces quartiers

ANALYSE

Le parcours des élèves est le résultat d’un processus d’orientation et de moments clés avec des choix, des bifurcations, des opportunités et des contraintes, dans un cadre institutionnel précis qui met en place les grands mécanismes de régulation des flux d’élèves basés sur les performances scolaires.

Au niveau de l’enseignement secondaire, il existe des paliers particulièrement importants qui contraignent les jeunes et leur famille à effectuer des choix d’études, en classe de troisième, puis en seconde de lycée, enfin en terminale pour les formations supérieures.

Afin d’aborder la problématique de l’orientation de manière rigoureuse, l’association ORIENTEMOI s’est basée sur les recherches menées par le Centre d’études et de recherche sur les qualifications (Céreq) à partir de son dispositif d’enquêtes dites “Génération” . Tous les trois ans, le Céreq interroge une nouvelle cohorte de jeunes sortis en même temps du système éducatif, quels que soient le niveau de formation atteint, le type de formation suivie ou la spécialité.

Les recherches du Céreq ont permis de démontrer que les orientations et les parcours d’études sont fortement corrélés avec les origines sociales et nationales, et qu’une mauvaise orientation influe ensuite sur la situation professionnelle.

CHIFFRES CLÉS

Si les aspirations scolaires des familles immigrées sont fortes, des décalages entre souhaits et orientations s’observent à différents moments clés de la scolarité entre les vœux et les inscriptions réelles des jeunes dans les établissements de formation.

Environ 60 % des jeunes français issus de l’immigration se trouvent dans une filière professionnelle, environ 1/3 fois plus que la population majoritaire (40 %).

Environ 25 % des jeunes français issus de l’immigration se trouvent dans une section qui ne correspond pas à leur vœu initial, environ 2,5 fois plus que la population majoritaire (10 %).

En moyenne, 15 % des jeunes français issus de l’immigration déclarent “avoir été moins bien traités” lors des décisions d’orientation, soit environ trois fois plus que la population majoritaire (5 %).

Bien que la voix professionnelle soit tout aussi honorable qu’une voix dite générale, le risque de sortie sans diplôme est plus élevé lorsque les élèves ont été vers une spécialité non choisie.

Les échecs au lycée professionnel sont 2 à 3 fois plus importants chez les jeunes français issus de l’immigration par rapport aux élèves de la population majoritaire, accentués pour la population masculine.

Les enfants de cadres supérieurs sont quasiment tous bacheliers d’enseignement général contre la moitié des enfants d’ouvriers et d’employés. On rappelle ici, que les jeunes français d’origines immigrés appartiennent majoritairement à des familles ouvrières (65 %).

Environ 30 % des jeunes issus de l’immigration sont au chômage trois ans après leur formation et 20 % sont confrontés à un chômage persistant (> 1 an sur 3 ans).

La probabilité de se trouver au chômage augmente si le jeune a connu une orientation contrariée à la sortie du collège.