Le lundi 17 juin à 8 h, comme les autres candidats au baccalauréat, Gautier Raimondi découvrira les sujets de l’épreuve de philosophie. Comme les autres candidats, il hésitera entre la dissertation et le commentaire de texte. Choix d’autant plus difficile que ce n’est pas sa tasse de thé, la philo : Gautier préfère les maths. Comme les autres candidats au bac scientifique.

Là où Gautier se distinguera, c’est quand il présentera sa carte d’identité aux surveillants. Né le 22 septembre 1998, cet élève du lycée Lumière de Luxeuil a seulement 14 ans. Soit trois ans d’avance par rapport à un enfant qui n’aurait jamais redoublé ni sauté de classe.

Seulement, le parcours de Gautier n’a pas été linéaire. Originaire de Besançon, aujourd’hui installé à Fougerolles (70), il a appris à lire seul à l’âge de 4 ans. Au CE1, parce qu’il s’ennuie en classe, son professeur lui fait passer des tests avec un psychologue. Les résultats lui permettent d’intégrer le CE2 en milieu d’année.

En 6e à Fougerolles, « mon prof de maths s’est rendu compte que je finissais mes exercices avant les autres », raconte Gautier. Le collège a alerté sa mère. « On m’a dit qu’il avait de grandes facilités mais qu’il se dispersait », se souvient Cécile Didier-Raimondi. « Un psychologue scolaire a estimé qu’il avait besoin de rejoindre une structure pour enfants précoces. »

Résultat : la famille déménage à Nice. « Il n’y avait rien d’adapté dans le secteur, j’ai même écrit au ministre de l’Education nationale », glisse la maman. « On estime que 5 % des enfants sont précoces. Une filière adaptée dans chaque académie, ça serait utile. »

Dans le collège niçois, où les élèves peuvent suivre deux années scolaires en une, Gautier intègre à 10 ans une classe de 6e -5e. En juin, l’établissement lui propose un passage en 4e -3e : il vient à nouveau de gagner un an. Mais en décembre, pour des raisons professionnelles, sa maman doit rejoindre Fougerolles. Sur les conseils du directeur de l’établissement niçois, elle inscrit Gautier en 3e : il saute encore une classe ; ce qui ne l’empêche pas de décrocher son brevet avec une mention bien.

Le regard des autres

Arrivé au lycée à 12 ans, il reprend alors un cursus classique. D’environ 14 de moyenne générale en 2nde , il passe à 11-12 en 1re et à 10 en terminale, à cause des matières littéraires. « Il a 18 en maths et 5 en philo : pour ça, il manque encore de maturité », résume sa maman.

Les méthodes de travail de Gautier sont aussi déroutantes que son parcours. « Il n’a jamais de devoirs à la maison », constate Cécile Didier-Raimondi. « Il les fait pendant ses heures de permanence. » Pour les leçons, guère besoin de réviser non plus : écouter en classe lui suffit, grâce à une très bonne mémoire. D’ailleurs, l’adolescent ne prend pas forcément la peine de noter ses cours. « Je retiens facilement si le sujet m’intéresse », précise-t-il. Mais pour qu’un cours soit intéressant, il faut qu’il aille vite, ou l’ennui guette.

Durant sa scolarité, Gautier a aussi dû composer avec le regard des autres élèves. Le collège a été difficile. « J’étais seul dans la cour, je me sentais exclu parce que j’étais plus jeune. » Au lycée, il y a encore des remarques, « mais c’est plus sur le ton de la plaisanterie ». « Ce n’est pas la caricature de l’intello », commente sa mère. Gautier aime lire, mais aussi regarder des vidéos sur internet, comme les enfants de son âge.

Si le plus jeune candidat de l’académie de Besançon décroche son bac, que fera-t-il l’an prochain ? « J’aimerais devenir médecin généraliste ou ophtalmo », répond-il. Mais avant la fac de médecine, il va tenter d’intégrer une prépa scientifique à Paris, Lyon, Nancy ou Besançon. « Il a encore besoin de quelque chose de structuré, où il apprendra des méthodes de travail », estime sa maman.

Guillaume MINAUX